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Contexte

La notion de santé mentale s’est imposée aujourd’hui comme centrale dans l’action publique locale, envers différentes catégories de personnes, particulièrement des groupes précarisés.

Le détricotement de l’Etat providence s’est accompagné de formes d’exclusion sociale qui se sont progressivement installées dans nos sociétés contemporaines. Avec ce processus de précarisation, différentes formes de « souffrance » et de « mal-être » sont apparues chez des personnes dites vulnérables ou en processus de désaffiliation.

En 2016 l’association inCittà dans le cadre d’une mission confiée par l’Atelier Santé Ville (ASV) Marseille santé mentale qui s’inscrit dans les axes de travail du Conseil d’Orientation en Santé Mentale de Marseille (COSM), coordonne un catalogue d’offre de formation dans le champ de la santé mentale à Marseille. Cette offre de formation est financée par le Commissariat Général à L’Egalité des Territoires. Elle vous est proposée à titre gracieux.  Cette année le programme portera sur la problématique « Santé Mentale et Précarité ».

En 1995 le rapport « Une souffrance qu’on ne peut plus cacher » (Strohl-Lazarus) met en évidence l’existence d’une souffrance psychique d’origine sociale, complexe car résultant de plusieurs facteurs. Ces souffrances sortent de la scène privée ou individuelle pour devenir un problème collectif, un enjeu de société, donc un enjeu politique. Pour certains auteurs, ces souffrances sont dues à l’exacerbation de la précarité, (économique mais aussi sociale et symbolique) qui produirait chez l’individu contemporain un sentiment d’insécurité (devenir incertain) face à l’avenir. La crainte de la perte de supports sociaux entraînerait une souffrance psychique d’origine sociale (différente de celle liée aux maladies mentales). Les travaux de l’ORSPERE (Observatoire Régional Rhône-Alpes sur la Souffrance Psychique en Rapport avec l’Exclusion) ont défini cette souffrance comme « psychosociale ».

Les travailleurs sociaux témoignent d’une massification de « problèmes psychiques » qui produisent en conséquence de la confusion et de la perplexité chez les professionnels : problèmes de repérage, des difficultés à trouver les bons interlocuteurs, à adapter leurs interventions, de la souffrance au travail… Ils sont en demande de formation, de partenariats avec la psychiatrie, de supervision. Ils en appellent à un décloisonnement de la psychiatrie, la poussent à « aller vers » ces publics qu’ils considèrent en détresse psychique.

Les difficultés évoquées par les travailleurs sociaux s’inscrivent par ailleurs dans un contexte d’évolutions profondes du travail social : rationalisation et division du travail, remise en cause des cadres qui assuraient jusqu’ici la protection des plus défavorisés, politiques « d’activation des usagers » qui témoignent d’un renversement de la question sociale : les problèmes sociaux sont imputés aux individus eux-mêmes (déclin des institutions au profit d’une action publique diversifiée et éclatée et individualisation des problématiques sociales (Ravon et Ion 2007).

Appelée à la rescousse, la psychiatrie de son côté constate une demande croissante de soins pour des personnes qui ne faisaient pas partie de son champ d’action traditionnel.

Parallèlement à cette exacerbation d’une souffrance sociale au chevet de laquelle elle est interpellée, la psychiatrie est également confrontée à une autre difficulté. La fermeture de nombreux lits en psychiatrie a renvoyé hors de l’hôpital de nombreuses personnes souffrant de troubles psychiques lourds et susceptibles de se retrouver dans des situations de précarité et d’exclusion : problématiques des SDF ayant des maladies psychiatriques, des mal-logés ou des logés dans des logements précaires. Là encore, la psychiatrie est appelée à sortir de ses murs et à travailler avec les acteurs du social et du médico-social.

Ce double mouvement, résultant de dynamiques sociales, certes imbriquées, mais tout de même profondément différentes, est considéré comme relevant d’une même problématique, celle de la santé mentale.

Face à l’émergence de ces nouveaux problèmes au croisement du « psychique » et du « social » il nous semble important de participer à éclairer les conditions qui ont prévalu au développement la notion de santé mentale, de ses liens avec la précarité, de préciser les différentes définitions qui en ont été données ainsi que les façons actuelles de l’aborder. En quoi ces souffrances peuvent être considérées comme le reflet d’un malaise plus profond dans la société ? En quoi les nouvelles formes d’organisation du travail au sein du travail social produisent-elles également de la souffrance au travail ? Qu’est-ce qui relève de la maladie et de la désaffiliation sociale ? La psychiatrie doit-elle constituer le réfèrent essentiel, la réponse principale apportée à ces souffrances ?

Pour travailler ces questions, nous proposons trois formations :

 

Références :

Ravon Bertrand, Ion Jacques, Laval Christian, « Politiques de l’individu et psychologies d’intervention : transformation des cadres d’action dans le travail social », in J.-L. Génard et F. Cantelli (dir.) (2007)