Évaluation et Accompagnement 2015-16

Sollicité par les Ateliers Santé Ville et en collaboration avec Célia Chichportich, consultante en santé publique, inCittà a proposé un projet d’évaluation et d’accompagnement de la médiation de santé sur Marseille s’appuyant sur les expériences précédentes (IMEA, CapMed, …).

L’approche envisagée, avec un soutien institutionnel, proposait de dépasser l’accompagnement des seuls médiateurs de santé pour associer et mobiliser les responsables des structures porteuses et les partenaires institutionnels dans une recherche de cohérence et d’efficacité de la médiation santé à l’échelon de la ville de Marseille.Par exemple, un enjeu majeur repéré est le développement de la capacité pour les acteurs de la médiation de santé de faire évoluer l’offre de soin (à différents niveaux – de l’institutionnel à la pratiques des professionnels de santé partenaires).

L’élaboration du projet s’est construite autour de trois axes, en lien avec des objectifs et des précautions :

  • La formation au travers de l’échange de pratiques entre médiateurs pour favoriser l’émergence de compétences et de connaissances co-construites.
  • L’accompagnement à l’auto-évaluation et le renforcement des projets existants dans une optique de structuration à long terme de cette activité à l’échelle territoriale et de prise en compte d’une expérience d’une quinzaine d’annéesdans le domaine.
  • Le repérage des forces, faiblesses, menaces et opportunités des projets de médiation afin de situer la lecture des difficultés à une échelle systémique, sortir les acteurs de première ligne de leur isolement et ouvrir des options de communication et d’action.

A la suite d’une phase exploratoire entre septembre et décembre 2015 (travail sur la littérature, identification des projets et des médiateurs, réalisation d’entretiens auprès de différents acteurs), les objectifs opérationnels du projet ont été mis en œuvre :

Accompagnement des médiateurs

La démarche de formation-accompagnement a été proposée à l’ensemble des structures identifiées sur le territoire. 11 professionnels de 9 structures différentes se sont inscrits. Les journées ont regroupé 6 à 8 participants, 10 professionnels ont participé à plus de la moitié des séances.

La démarche d’accompagnement nous a menés aux constats suivants :

  • L’accompagnement a répondu à un important besoin d’espace d’échange entre médiateurs de santé représentant un levier important pour partager leur expérience et envisager les évolutions de leur pratique.
  • Des situations problématiques ont été discutées, elles s’avèrent fréquemment comme situations limites par rapport aux postures théorisées (relation d’aide, approche centrée sur la personne, communication non-violente…). Les apports théoriques (généralement préexistants) sont à retravailler en référence aux pratiques spécifiques de la médiation de santé (écoute, aller-vers, présence sociale, partenariat, médiation en structure, etc.).
  • Les journées de formation ont donc permis d’envisager la co-construction d’un fond commun théorique pour les médiateurs de santé au-delà de la diversité des projets et de leurs profils. La proposition est d’envisager une pratique issue des réflexions de perfectionnement co-construite en permanence avec les médiateurs en poste :construire et maintenir la confiance dans une proximité professionnelle, accompagner jusque dans l’auto-exclusion, mettre en place les termes d’un conflit où chacun est reconnu, etc.
  • Des savoirs, savoir-faire et savoir-être rattachés à la fonction de médiation de santé peuvent ainsi apparaitre. On ne peut toutefois pas anticiper à l’heure actuelle une construction isolée d’un métier de médiateur de santé. D’autres professions voisines connaissent aussi des évolutions équivalentes (vers des pratiques d’accompagnement, dépassant la notion de prise en charge) et des courants apparaissent dans les systèmes professionnels : la question de la santé publique vient interroger le soin, celle de la médiation sociale participe à la redéfinition du travail social.

Les difficultés mises en avant par les médiateurs de santé recouvrent des enjeux sur le travail relationnel avec le public comme avec les partenaires. Être médiateur de santé correspond à des compétences, mais plus encore à des postures. Et bien souvent, la compétence se construit en se basant sur les postures – enjeu de positionnement. C’est pourquoi le travail d’analyse de pratiques s’avère particulièrement pertinent et nous préconisons de continuer à regrouper les médiateurs de santé autour de ce type d’échange.

Ce type d’accompagnement doit être complété d’autres apports formatifs venant pertinemment constituer la référence de cette pratique : des contenus à transmettre et à adapter (élément de santé publique – savoirs sur les pathologies et risques sanitaires, connaissance de l’organisation du système de santé), des notions techniques (approche centrée sur les personnes, relation d’aide, écoute active…) et des outils conceptuels explicatifs (bases de psychologie, de sciences sociales, systémie…). A ces connaissances générales, s’ajoute une connaissance spécifique du territoire et de ses ressources à maintenir vivante dans une relation constante avec l’environnement.

Un autre enjeu important déjà identifié dans de nombreux rapports restent prégnant :  la question de la reconnaissance de la fonction de médiation de santé. C’est pourquoi nous encourageons à la constitution d’une rhétorique professionnelle – clarification de l’utilité sociale d’un groupe professionnel : existence d’un besoin, développement d’un savoir, construction d’une compétence –qui faciliterait le renforcement de l’expertise du médiateur de santé et sa reconnaissance par les professions voisines. Il s’agit d’un rapport à des connaissances théoriques et pratiques qui permet tout autant l’autoréférence du groupe professionnel, sa reconnaissance par les partenaires et par ces deux éléments la montée en qualification.

Nos constats encouragent au développement d’une action propre à la constitution d’une rhétorique professionnelle qui faciliterait le renforcement de l’expertise du médiateur de santé et sa reconnaissance par les professions voisines.

Démarche d’auto-évaluation

La démarche d’auto-évaluation a été intégrée à la formation des médiateurs de santé, deux outils d’auto-évaluation y ont été co-construits. Au-delà de l’évaluation qualitative des processus, ces outils ont aussi pour objectif de faciliter les échanges et la communication au sein des équipes et avec les institutions. La compilation des données pourra participer à la définition d’une dynamique territoriale de la médiation de santé et soutenir le travail auprès de l’offre de soin.

  • L’outil Projet permet de définir les dimensions prioritaires du projet et leur état d’avancement. Utilisé en parallèle par le médiateur et le responsable projet, il peut faciliter les échanges sur les représentations respectives du projet et permettre des réajustements concertés. Cet outil peut également être utilisé avec les financeurs.
  • L’outil Parcours permet de repérer les différents partenaires mobilisés dans le parcours de santé, les partenariats à développer, les points de blocage pouvant exister. Il peut être utilisé tant comme outil de suivi des parcours individuels, qu’au moment des bilans pour la description des partenariats et parcours fréquents, que comme outil d’observation.

La compilation des données pourra participer à la définition d’une dynamique territoriale de la médiation de santé et soutenir le travail auprès de l’offre de soin.

Évaluation globale des dispositifs

L’évaluation globale a été réalisée à l’aide de trois types de sources :

  • Des entretiens ont été menés avec 28 acteurs de la médiation de santé sur Marseille : 13 médiateurs de santé en poste, 11 responsables de projets, 4 acteurs institutionnels.
  • Un travail de revue de littérature.
  • Les données et outils issus de l’accompagnement des médiateurs

Les analyses de l’évaluation et de l’accompagnement ont permis de caractériser d’une part les projets existants (fonctions communes et spécificités), et d’identifier d’autre part les éléments favorables et défavorables, interne aux projets comme dans l’environnement (analyse AFOM). Cette analyse a été compiléepourun ensemble des projets de médiation santé sur la ville de Marseille. Le modèle d’efficacité de projets (système organisé de préconisations) adapté à la médiation de santé sur Marseille permet de proposer des pistes d’amélioration.

Quelques points ressortent :

– Les projets de médiation de santé sont hétérogènes et qualitativement très dépendants de la nature des structures porteuses, de leur inscription dans la santé et sur les territoires. Les médiateurs sont souvent isolés et en attente d’échanges de pratiques. Le projet de médiation est souvent porté par le seul médiateur.

– L’intégration du travail dans une équipe pluridisciplinaire (interne à la structure ou externe en partenariat) renforce l’efficacité des projets de médiation en santé et impacte également l’ensemble des actions grâce à  la proximité du médiateur avec les publics et leurs besoins.

– L’intervention en binôme (médiateur et autre professionnel) semble un élément favorable dans l’accompagnement des parcours.

– L’expérience pragmatique de proximité des médiateurs de santé peut alimenter le travail de veille sanitaire et sociale nécessaire à l’action institutionnelle de structuration de l’offre.

Ainsi la réussite des projets de médiation ne dépend pas uniquement du travail des médiateurs mais également du portage, de l’ancrage du projet dans les structures et sur les territoires, et de manière plus large du pilotage de la médiation à l’échelon des territoires.

Ce constat nous mène à la proposition d’un modèle d’efficacité de la médiation de santé qui a pour objectif le repérage des éléments divers de la réussite des projets de médiation de santé et leur prise en compte par les acteurs concernés aux différents niveaux dans le projet, dans son environnement et dans son accompagnement institutionnel.

La réussite des projets de médiation ne dépend pas uniquement du travail des médiateurs mais également du portage, de l’ancrage du projet dans les structures et sur les territoires, et de manière plus large du pilotage de la médiation.

Intérêt majeur du projet inCittà : une collaboration transdisciplinaire

Les échanges entre les deux professionnels porteurs et entre les deux structures accompagnantes (inCittà et Regard Santé) ont permis de croiser les regards et les approches.La rencontre transdisciplinaire (sciences sociales et santé publique) a produit et co-construit avec les parties prenantes des analyses et propositions : systémie et recherche d’auto-organisation tournée vers l’action, réponse aux enjeux des institutions, modélisation des discours, techniques de mise en communication et attention au vécu des acteurs

Pour aller plus loin, télécharger le rapport complet 2015 – 2016 et/ou consulter la suite du projet sur l’accompagnement de la médiation de santé sur Marseille en 2016 – 2017